« Subjectivités, pouvoir, image : l'histoire de l'art travaillée par les rapports coloniaux et les différences sexuelles »
09h00 : Accueil des participants par Zahia Rahmani
09h30 : Introduction par Anne Creissels et Giovanna Zapperi
Colonisations de l’autre
Présidence : Zahia Rahmani
10h00 : Shalini Le Gall, L'impérialisme évangélique : William Holman Hunt au Moyen-Orient
En se concentrant sur le travail de l’artiste-voyageur britannique William Holman Hunt (1827-1910), on tentera ici de définir un Orientalisme britannique façonné par les intérêts impériaux à l'étranger et l’influence du protestantisme en Angleterre. Motivé par l’intérêt évangélique pour l'histoire chrétienne, Hunt a utilisé des modèles juifs et musulmans du Moyen-Orient et a ainsi démontré la difficulté à construire une identité chrétienne britannique stable. Son œuvre complexifie la notion binaire ‘d'Occident-Self’ et ‘d'Orient-Other’, en montrant comment le ‘Self’ britannique a à la fois dominé et dépendu du ‘Other’.
10h45 : Anne Lafont, La ligne de couleur de W.E.B. Dubois à Roger de Piles
Les travaux fondateurs du sociologue et anthropologue W.E.B. Dubois sur les notions de ‘veil’ et de ‘colour-line’ - deux outils pour penser le tabou de la ségrégation - mirent pour la première fois en évidence les correspondances étroites, dans le monde occidental, entre couleur de la peau et classe sociale. L'idée ici est de confronter ces concepts à la littérature artistique du XVIIIe siècle pour faire l'archéologie des dimensions sociales et culturelles de la couleur dans le monde occidental. Les canons coloristes liés à la représentation de la figure humaine, énoncés dans la théorie artistique d'alors, témoignent en effet d'une codification plus ou moins rigoureuse des couleurs en tant qu'attributs culturels, et notamment de leurs différentes nuances du point de vue de la pigmentation.
11h30 : pause
11h45 : Magali Le Mens, L’orientalisme détourné de Manet et l’imaginaire érotique exotique
La notion d’ ‘imaginaire érotique colonial’, développée dans un texte récent par l’historien Alain Corbin, sera interrogée à travers deux œuvres de Manet, Lola de Valence et Olympia, qui mettent en scène deux femmes considérées alors comme orientales: une espagnole et une créole. Le statut exotique et social des femmes espagnoles était en effet, à l’époque, équivalent à celui des femmes créoles, comme de nombreux exemples littéraires nous le montrent (Balzac, Flaubert par exemple). Il s’agira de voir comment ces constructions sociales et fantasmatiques sur la femme exotique ont contribué à mettre l’Autre à distance pour mieux asseoir des différences et un pouvoir contraignants.
12h30 : Ana Cecilia Hornedo Marin, L’invocation à la Vierge de Guadalupe ou les paradoxes de la Révolution mexicaine
La Vierge de Guadalupe participe du mythe fondateur du Mexique comme pays catholique et comme nouvelle patrie. Il s’agit d’une vierge à la peau mate, incarnation visuelle du Royaume de la Nouvelle Espagne, symbole de métissage et d’ ‘indianisation’. Vierge protectrice, elle est aussi paradoxalement la mère violée par le conquistador Cortes - la Malinche. Les appropriations et les représentations post-révolutionnaires de cette figure témoignent de la ‘colonisation de l’imaginaire’ à l’œuvre dans cette création/recréation mais aussi des liens ambigus entre croyance religieuse et politique, mythe, image et Révolution au Mexique.
Différences sexuelles à l’oeuvre
Présidence : Giovanni Careri
15h00 : Jean-Loup Korzilius, La ‘sexualisation’ de la couleur à l’époque contemporaine
Dans la seconde moitié du XIXe siècle, au moment où la science redéfinit les normes sexuelles masculines et féminines, la couleur apparaît dans les propos artistiques comme une entité féminine qu’il s’agira de ‘comprendre’ et de ‘conquérir’ (Matisse), le peintre occupant le rôle masculin. Dès lors, on saisit mieux le défi qu’elle représentera pour la création artistique: elle aguiche, tente, ‘excite’ l’œil de l’artiste telle une belle femme, dans un sens physique et érotique, et ce à la différence des époques antérieures, marquées par la controverse ‘apparence’ versus ‘vérité’. Le rapport à la couleur s’est donc ‘sexualisé’ et les allusions sexuelles d’artistes (Kandinsky, Klee e.a.) trouvent là leur origine et jettent un nouvel éclairage sur les motivations sous-jacentes de l’activité picturale.
15h45 : Livio Boni, La différance du (mono)sexuel chez Winckelmann
L'œuvre, et la figure, de Winckelmann occupe une place doublement fondatrice dans le nouage histoire de l'art / détermination de genre, car elle fonde le champ discursif de l'histoire de l'art tout en l'ordonnant à une esthétique homoérotique. L'homoérotisme winckelmannien n'est cependant ni la pure projection d'un idéal homosexuel ni un simple avatar de l'imposition du masculin, mais la constitution d'un genre de mono-sexuation idéale à l'intérieur de laquelle la différence sexuelle joue un rôle. On proposera donc ici une relecture freudienne de quelques sculptures classiques fonctionnant comme paradigmes de l'esthétique winckelmannienne, en cherchant à y repérer le travail de la différance du sexuel.
16h30 : pause
16h45 : Anne Creissels, La grâce du geste ou l’assignation à la féminité
Dans le film Der Eintänzer (le danseur mondain ou le danseur solitaire), réalisé en 1978, Rebecca Horn met en scène différentes figures de la danse propres à susciter, par leur dimension métaphorique, une réflexion sur le geste dansé comme marqueur d’identité. Ses ‘instruments de danse’ donnent à voir le lien de la grâce à la contrainte, et la ‘discipline des corps’ inhérente à la construction de la féminité. L’instrumentalisation du corps des femmes, dont témoigne la ballerine romantique, est particulièrement visible à travers le thème des trois Grâces. Le renouvellement constant, depuis l’Antiquité, du sens attribué à la ‘ronde des grâces’ ne va pas sans la perpétuation d’une assignation, propice à l’assujettissement mais aussi à l’identification, voire à la résistance.
17h30 : Giovanna Zapperi, Une femme disparaît. Mémoire et subjectivité dans une perspective féministe
Trois œuvres des artistes Renée Green, Zoe Leonard et Andrea Geyer réalisées entre les années 1990 et 2000 utilisent des fragments d’archives – réels ou fictifs – pour reconstruire la mémoire perdue d’une femme ayant vécu au début du vingtième siècle et dont la trajectoire était fortement liée aux origines du cinéma. Loin de constituer des biographies de trois figures féminines oubliées par l’histoire, ces œuvres ouvrent plutôt la possibilité de faire émerger d’autres histoires : des histoires qui concernent la couleur, la sexualité et l’identité féminine.
Journée d'études organisée par ACEGAMI en collaboration avec l’INHA (programme de recherche : Art contemporain dans la mondialisation) et le CEHTA/EHESS





