analyse culturelle et études de genre / art, mythes et images

groupe de recherche coordonné par anne creissels et giovanna zapperi
docteures de l'ehess, chercheures associées au cehta

contact : annecreissels(at)orange.fr g.zapperi(at)gmail.com

séance du vendredi 9 janvier 2009


Émilie Bouvard
, doctorante à Paris 1 et co-organisatrice du séminaire "En marge : l'histoire de l'art face aux cultural studies", ENS, février-mai 2009, emiliebouvard(at)hotmail.fr

« Subversion du genre chez Niki de Saint-Phalle »

Niki de Saint-Phalle a construit sa figure d'artiste et élaboré une œuvre originale au cours de ses années de compagnonnage avec le Nouveau Réalisme. Femme et autodidacte, la rencontre avec Jean Tinguely en 1955, puis sa décision de quitter mari et enfants pour mener une carrière artistique à part entière en 1959, le couple qu'elle forme avec Jean Tinguely à partir de 1960, qui l'introduit auprès de Pierre Restany, de Pontus Hulten, et même des néo-dadaïstes américains Jasper Johns et Rauschenberg, dont elle a découvert les œuvres à la Première Biennale des Jeunes de Paris en 1959, sont des événements déterminants dans la reconnaissance, voire dans l'élaboration de son travail artistique. Comme elle le dit elle-même, le Nouveau Réalisme comme groupe constitué organisant des événements, expositions, festivals, apparaît comme un tremplin pour Saint-Phalle. Dés les premiers tirs va s'élaborer une figure publique et provocante, celle de "la femme qui tire", y compris chez Restany, figure qui oblitère le détail de son travail. Ainsi, on verra par exemple, si ces étiquettes nationales ont un sens, que Niki de Saint-Phalle est aussi une artiste "américaine", très liée au néo-dadaïsme, et même à l'assemblage californien. 

Cette situation particulière de Niki de Saint-Phalle au sein des Nouveaux Réalistes tient aussi à son sexe. Niki de Saint-Phalle thématise, et dans son travail et dans son discours, le fait qu'elle soit une femme et une artiste, et les tensions que ces deux qualifications peuvent entraîner. Seule femme dans un groupe d'hommes, vivant avec l'un d'entre eux, elle occupe une position spéciale. Si ses Tirs participent grandement de la célébrité du Nouveau Réalisme, et touchent un large public, c'est aussi car il s'agit d'une femme qui tire, ce qui est perçu comme provocant sinon scandaleux. Et de plus, très rapidement, des thématiques apparaissent dans son œuvre, portées par la violence qui caractérise son travail de l'époque, qui sont bien écartées par exemple de l'apolitisme du Nouveau Réalisme. Il est vite question chez Niki de Saint-Phalle de guerre (en pleine guerre d'Algérie), de la religion comme violence, d'une forme de féminisme précoce, thèmes qui font l'objet d'une dénégation générale de la part de la critique, en particulier chez des soutiens de Saint-Phalle comme Restany ou Pontus Hulten. Et l'artiste n'y est pas pour rien, qui surjoue une féminité de vamp.

C'est de la façon dont Niki de Saint-Phalle élabore une figure de femme artiste que je voudrais parler – un angle qui permet d'aborder l'œuvre de Niki de Saint-Phalle entre 1958 et 1965.

Photographie d'un tir, prise impasse Ronsin (où Saint Phalle avait son atelier), et qui a été reproduite sur le carton d'invitation de la 1ère exposition personnelle de Saint Phalle à la Galerie J en juin-juillet 1961